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En 1966, le Général de Gaulle était venu en Dauphiné pour assister à des manœuvres alpines.
Elles se terminèrent par un défilé militaire sur les boulevards. Du podium ou il se tenait, devant l'École des Pupilles de l'Air, le chef de l'État aperçut Saint-Jean :

- Qu'est-ce que c'est que ce truc-là ? demanda-t-il au Préfet Maurice Doublet, qui se trouvait à ses côtés.
-Une église, mon général…
-Bizarre ! on dirait un cirque.

Si je raconte aujourd'hui cette anecdote, que je tiens de Maurice Doublet lui-même, c'est pour mettre un terme aux évocations plus ou moins fantaisistes qu'a pu susciter l'ancienne église St-Jean. Et pour faire taire, par là même, celles que peut susciter la nouvelle.

Cirque, disait le Général, dont tant de "bulles" sont demeurées célèbres. Mais aussi rucher, autocuiseur, bonbonnière, tipi apache, boucarou camerounais, case du Sénégal...

Est-il encore des Grenoblois pour s'étonner aujourd'hui de ces audaces architecturales supposées ? Franchement, je ne le crois pas.
Ce Saint-Jean-le-rond je reprends le nom d'un vieux sanctuaire accolé au Xllle siècle à Notre-Dame de Paris évoque en mon souvenir bien d'autres églises rondes modernes ou anciennes qui parsèment l'univers.

J'en connais à Chambéry et à Genève comme en Arménie et en Égypte. Il nous avait fallu quelque temps pour nous habituer au premier St-Jean. Le second a été accepté aussitôt. Non seulement notre oeil ne fut point surpris, mais ces rotondités de béton, de bois et de bardeaux synthétiques sont désormais inscrits dans notre paysage urbain. J'imagine que les hommes s'étonnèrent quand un architecte audacieux construisit la première coupole quelque part au Proche Orient. Et la première église romane, croit-on qu'elle ne surprit pas ?
Quant à la première cathédrale gothique, je suis bien sûr qu'elle stupéfia. Qu'est-ce qu'une église sinon d'abord un signe dans la cité ?
Bien sûr, elle est la "maison-Dieu", comme on disait si joliment au Moyen Age. La demeure où il réside sous l'humble apparence eucharistique et celle où se retrouvent ses fils assemblés. Mais c'est aussi un signal. Comme le cairn au sommet d'une montagne.

A cette vocation. Saint-Jean ne manquera pas. Il en est grand besoin. J'entends encore Malraux s'écrier, c'était à Grenoble également, certain matin de février 1968 :

"II n'existe pas de civilisation si elle ne construit des temples et des tombeaux."

Nous n'avons pas édifié ici, en notre XXe siècle, les grands vaisseaux de pierre des siècles illuminés par la Foi. Nous ne sommes plus au temps de saint Bernard... J'étais, l'autre dimanche, dans une caserne de la Rhodanie toute proche. Cinq cents soldats entre les quatre murs du quartier. Combien croyez-vous qu'il s'en présenta pour la messe, quand s'annonça l'aumônier ? Sept seulement. Pas un de plus...

Nous n'avons construit ni Chartres ni Bourges ni Vézelay. Du moins avons-nous parsemé Grenoble et le Dauphiné d'un grand nombre de nouvelles églises. Et celle-ci est belle. Et, le samedi soir et le dimanche, elle ne désemplit guère. Voilà un autre signe des temps. Là, l'Église semble s'étioler. Ici, elle repousse et n'en finit pas de refleurir.

Saint Jean était un grain de sénevé. Comme dans la parabole, il est tombé dans la bonne terre.

On nous dit: " Peut-être cette charpente soigneusement bâtie pourra-t-elle abriter non seulement des fidèles, mais aussi, chaque fois que possible, des mélomanes. Si cela est, nous serons nombreux à nous en réjouir. Car Grenoble a grand besoin d'un auditorium. En voici peut-être un. Bravo ! Qu'on s'y emploie.
Et que tonnent bientôt les grandes orgues.

Mais l'essentiel n'est pas là. L'essentiel c'est cette croix, plantée dans le ciel de la ville.

Paul DREYFUS.

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